À la rencontre des Voyageurs du Désert

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À la rencontre des Voyageurs du Désert

Léo Coulongeat est un jeune photographe qui a mis en suspend son activité professionnelle et sa vie en France pour se consacrer à un tour du monde dédié aux Voyageurs du Désert. Equipé de son Tamron SP 24-70mm f/2,8 Di VC USD, il retranscrit l’atmosphère unique des déserts et de ceux qui les traversent. Passé par l’Egypte, la Jordanie et l’Iran, c’est depuis le Mexique qu’il nous accorde cette interview ensablée. 

Léo, tu as décidé subitement de changer de vie pour ce projet « Voyageurs du Désert », que s’est-il passé ?

Je vivais à Paris et travaillais comme ingénieur. Après une série de roadtrips dans différents déserts j’ai réalisé que j’avais besoin de plus : plus d’images et plus de temps. J’ai commencé en voyageant dans les parcs de l’Ouest Américain, le désert des Bardenas en Espagne, et les portes du Sahara au Maroc. Au retour de ce dernier voyage ma décision était prise.

Maroc, Portes du Sahara / Canon EOS 6D + Tamron SP 24-70 mm : 1/250 sec; f/8; ISO 100

Tu décides donc de quitter la France au mois d’octobre de l’année dernière, quelles ont été les premières étapes de ton trip photo ?

J’ai commencé par l’Egypte avec la traversé d’une partie du désert et l’ascension du Mont Sinaï où j’ai pu assister à un lever de soleil accompagnés de pèlerins. La rencontre et l’hospitalité des bédouins m’ont permis de développer une série variée avec une grande richesse de paysages et de portraits. 

Egypte, Mont Sinaï / Canon EOS 6D + Tamron SP 24-70 mm : 1/1600 sec; f/2,8; ISO 800

La Jordanie plus aride, m’accueille dans une rave party improbable dans le désert avec un mélange envoutant de musique electro mariée à des compositions orientales. J’ai pu cette fois alimenter ma série de prises de vue nocturnes avec beaucoup de mouvement et de jeux de lumière. Je suis transporté par cette alchimie musicale qui me conduit jusqu’à Petra où j’ai pu réaliser des shoots en hauteur puis atterrir sur les côtes de la Mer Morte.

Jordanie, désert du Wadi Rum / Canon EOS 6D + Tamron SP 24-70 mm G1 : 1/250 sec; f/8; ISO 100

J’ai ensuite pris la direction de l’Iran au mois de novembre et ai publié la série intitulée « Caravanserai » réalisées comme les autres avec le 24-70 mm Tamron. J’y ai découvert plusieurs lacs salés au milieu des déserts et exploré certains endroits reculés. 

Iran, désert du Dasht-e Kavir / Canon EOS 6D + Tamron SP 24-70 mm G1 : 1/500 sec; f/8; ISO 100

Après le Moyen-Orient, j’ai pris la direction du Mexique où un autre univers très riche m’attend : les déserts de cactus et le désert blanc du Nord du Mexique habités par plusieurs ethnies indigènes sont mes premières étapes. 

On a hâte de voir cette nouvelle série, la question de l’équipement vient rapidement se poser quand on part plusieurs mois dans autant de pays, tu peux nous décrire ton sac photo ?

J’ai fait le choix de m’équiper léger, avec du matériel de qualité, mais tout en sachant que je risquais de l’abimer. J’avais donc besoin d’un matériel robuste, que je n’allais pas hésiter à sortir en toute circonstance. En termes de boîtier j’ai fait le choix d’un reflex Canon 6D plein format, qui offre de belles montées en ISO, de nombreuses fonctionnalités et un poids raisonnable. En termes d’objectif, j’ai identifié le 24-70 mm Tamron comme étant le bon compromis entre l’encombrement, la plage focale et la qualité optique. En complément j’ai pris une focale fixe 40 mm f/2,8 mais je dois avouer que je l’ai très peu utilisée. J’ai 95% du temps le zoom monté sur mon boîtier, il me permet de faire presque toutes les images que je souhaite avec une qualité optimale. Je peux rapidement aller du grand angle (24 mm) pour des plans large de paysages, au 70 mm pour des portraits plus serrés.

Cela semble en effet le strict minimum pour un tel périple, pas de regrets sur l’utilisation d’un autre objectif ?

Je me suis posé la question de l’ultra-grand angle SP 15-30 mm pour les paysages, mais cela risquait de m’encombrer pour ce voyage qui nécessite d’aller vite pour prendre tout type de cliché et de voyager léger. Les situations que je photographie dans le désert exigent une réaction immédiate pour garder l’authenticité qui m’est chère, d’autant que j’aime passer du temps avec ses habitants et pouvoir prendre une image sur le vif. D’ailleurs au Maroc, j’ai vite appris que la vélocité était un critère absolu : lors de mes prises de vues de berbères dans le désert ma carte SD n’a pas pu suivre les séries de déclenchements et j’ai loupé de nombreux clichés à un moment clef. J’ai donc investi dans des cartes rapides. Le critère est aussi la rapidité de réaction de l’équipement.

"j’aime passer du temps avec ses habitants et pouvoir prendre une image sur le vif"

Qui dit désert, dit sable, tu as eu du souci avec ton matériel ?

Pas tant que ça. Un peu de sable sur le viseur du boitier, mais sur les 3 déserts précédents, le matériel est resté impeccable, je remercie donc la tropicalisation des objectifs, même si elle est moins avancée sur mon actuel 24-70 que sur la version G2. Après le Moyen-Orient j’ai fait un bref arrêt en France et je me suis demandé s’il fallait que je fasse nettoyer l’objectif, mais je n’en ai pas eu besoin. Petite anecdote : par sécurité j’ai pris la précaution de mettre un filtre neutre sur l’objectif. Je ne sais pas pourquoi, un jour je l’ai retrouvé explosé dans mon sac ! Mais la lentille frontale de l’objectif est restée intacte, j’ai donc pu continuer sans problème.

La version "G2" du SP 24-70mm possède 7 joints d’étanchéité

Tu peux nous raconter les coulisses de ces deux prises de vue ?

Ces photos ont été prises lors d’un déplacement en 4x4 dans le Sahara aux alentours de Mhamid au Maroc. La voiture s’arrête et les bédouins commencent à monter sur les dunes et sur le toit du 4x4 pour capter un signal afin d’appeler un ami. Quelques minutes plus tard une vielle moto bourlinguant sur le sol rocheux arrive pour réceptionner le lait et les oeufs que mon guide lui ramenait. Pour réussir à capter cette scène sous différents angles j’avais besoin d’un matériel polyvalent et réactif. On illustre bien ici le mouvement et la variété des plans que l’on peut réaliser dans le désert. Ce moment était important pour moi car il retranscrit le nouveau mode de vie, très polyvalents, des bédouins du Maroc. Ils sont encore une poignée à vivre toute l’année dans le Sahara. 

Maroc, Mhamid, Portes du Sahara / Canon EOS 6D + Tamron SP 24-70 mm : 1/800 sec; f/4,5; ISO 100 et 1/500 sec; f/5; ISO 100

On voit que tu réalises des photos de voyages qui sont très variées, tu es dans un genre très polyvalent, comment tu le décrirais ?

Oui ! Mon but est de ne pas faire de la photo carte postale, j’essaye de placer l’homme, l’objet et des mouvements dans les paysages. Mettre en relation une personne avec son environnement rajoute une plus value énorme et donne un sens au décor. J’appellerais cela de la photo lifestyle tournée vers le voyage et l’outdoor, ou inversement.

Tu t’es inspiré de certains photographes ?

Pour la partie purement voyage ou outdoor je me suis inspiré de photographes comme Alex Strohl, Max Muench et Chris Burkard qui ont un vrai talent pour des prises de vues d’extérieur en intégrant l’humain. Pour les autres photographes qui m’inspirent beaucoup je dirais Fabien Voileau et Brice Portolano. Si vous ne connaissez pas, jetez aussi un oeil au site Les Others qui partagent de passionnantes épopées photographiques et vidéographiques.

Tu as toujours eu ce style ?

Je pratiquais surtout de la photo urbaine dans des lieux abandonnés et j’ai commencé à basculer vers cet univers outdoor grâce à mes premiers roadtrips. Les parcs désertiques Ouest Américains ont été une sorte de révélation. Je roulais avec des amis sans but précis dans la Death Valley, deux heures avant le coucher du soleil je me suis retrouvé seul dans une mer de dunes entouré de montagnes. Je me suis empressé de monter sur la plus haute dune pour profiter des dernières lueurs du soleil. Le fort vent, caractéristique des déserts, renforçait l’image de vagues de sable. C’est après ce moment que j’ai voulu continuer à vivre et photographier des expériences dans les déserts.

Canon EOS 6D + Tamron SP 24-70 mm G1 : 1/250 sec; f/8; ISO 100

On retrouve un côté très graphique dans tes images, est-ce que la partie aventure laisse aussi place à une forme de préparation ?

Lorsque qu’on voyage dans le désert on est toujours accompagné et en mouvement, ce qui laisse peu de temps à une quelconque préparation. Je cherche dès que possible à rencontrer les « habitants du désert », même s’ils sont de moins en moins nombreux, je suis donc toujours en action. Dans certaines régions plus personne n’y vit et les seuls voyageurs réguliers sont les taxi drivers que j’aime beaucoup photographier. Je les considère en quelque sorte comme les premiers grains de sable avant le désert, il y a des éléments chez eux qui reviennent : la cigarette, le vieux 4x4, etc. C’est en observant les personnes gravitant dans et autour des déserts que je peux construire des images. Certaines récurrences d’événements comme le thé qui est un moment de partage et d’amitié de ces « voyageurs » sont des moments très visuels, très codés, remplis de traditions, que je m’efforce de faire rentrer dans mon cadre.

Iran, Dasht-e Kavir / Canon EOS 6D + Tamron SP 24-70 mm : 1/250 sec; f/8; ISO 100

On te remercie chaleureusement pour toutes ces images Léo et espérons prendre le thé avec toi à ton retour. Quelle est la suite de ton « desert trip » ?

Comme je ne peux pas aller dans les déserts à n’importe quelle période - il peut faire entre moins 10 et plus 50 degrés - j’ai un itinéraire plus ou moins établi mais rien n’est figé. Je suis actuellement sur la route des déserts du Nord du Mexique, déserts de cactus et déserts blancs peuplés par les Huichols. Je vais ensuite descendre vers la Colombie, le Pérou, la Bolivie, le Chili et le Brésil. Je compte terminer par la Namibie puis peut-être la Mauritanie autour de Septembre.

Le parcours de Léo :

Jordanie/Egypte - Octobre 2017
Petra, désert du Wadi Rum, désert du Sinaï

Iran - Novembre 2017
Déserts du Lut et du Kavir

Mexique – Dec 2017 / Janvier 2018
Déserts de cactus et désert blanc

Colombie - Mars 2018
Déserts de Tatacoa et La Guajira

Pérou, Bolivie, Chili - Avril 2018
Désert d’Atacama et Salars

Brésil - Juillet 2018
Dunes et lagunes

Namibie - Aout 2018
Désert de Namib et Canyon

Mauritanie - Septembre 2018
Sahara

"Mon but est de ne pas faire de la photo carte postale ! J’essaye de placer l’homme, l’objet et des mouvements dans les paysages. Mettre en relation une personne avec son environnement rajoute une plus value énorme et donne un sens au paysage"

À propos de l’auteur : Leo Coulongeat

Originaire de La Rochelle, Léo se présente comme photographe sous le nom d’ERISPHERE. Ingénieur de formation, c’est en 2013 qu’il commence à pratiquer régulièrement la photographie, notamment au cours de ses voyages. Il apprend en sillonnant les lieux abandonnés et par l’échange direct avec d’autres photographes. Depuis 2016, c’est la photographie de voyage qui l’anime avec un attrait particulier pour les déserts. 

Un peu plus sur l’auteur :

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