Portraits de jeunesse : 35 mm et 85 mm

Partager cet article

Portraits de jeunesse : 35 mm et 85 mm

Toujours à la recherche de nouveaux talents, nous avons découvert les photos de Matthias Grenier un peu par hasard sur Internet, de la découverte a succédé une rencontre assez étonnante avec un jeune photographe réunionnais de 17 ans, très mature dans ses compositions, qui utilise les focales fixes Tamron SP 35 mm et 85 mm pour photographier son environnement et laisser libre cours à sa créativité.

Matthias tu es un très jeune photographe, pourtant au regard de tes images on a l’impression que tu as déjà une certaine expérience, parles nous de ton parcours photographique ?

Disons que j’ai pour le moment un parcours d’autodidacte classique mais suffisamment passionné pour avoir décidé de me consacrer à plein temps à la photographie après avoir pris quelques cours. Je ne suis pas pour le moment fixé sur une méthode ou une approche précise, je touche à tout, et dois avouer que pour moi tout a commencé avec un téléphone, et suis passé ensuite naturellement au reflex numérique pour aller plus loin dans la composition et pousser au maximum mon envie de jouer avec la lumière. J’utilise actuellement un Canon 5 D Mark II et prends du plaisir à réaliser différents portraits à La Réunion, dans mon environnement immédiat, qui est très inspirant.

Il y a des photographes qui t’inspirent ?

Oui Patrick Demarchelier, Peter Lindbergh. La simplicité de Lindbergh, me plaît, le parti pris qu’il a eu de faire poser des modèles juste avec une chemise blanche lors de ses débuts chez Vogue m’a séduit. Les pratiques photographiques qui me correspondent le mieux sont : le portrait, la photo lifestyle et la mode. Je fais très peu de paysages, c’est le mouvement et l’humain qui m’intéressent.

Comment choisis-tu tes modèles ?

C’est pour moi l’une des choses les plus compliquée, car le choix du modèle est très important pour obtenir une photo réussie. J’ai tout d’abord commencé par demander à mon entourage, puis avec les réseaux sociaux et le bouche à oreille j’ai commencé à être contacté. D’un point de vue physique, les canons de beauté traditionnels m’intéressent peu. J’aime les modèles plus ou moins atypiques et qui dégagent surtout quelque chose de particulier, de différent.

35 mm f/1,8 Di VC USD et 85 mm f/1,8 Di VC USD
35 mm : f/4 ; 1/3200 ; ISO 125 - f/5,6 ; 1/1000 ; ISO 100 - f/4 ; 1/4000 ; ISO 125

Composer sur une plage est une contrainte particulière, quels conseils peux-tu donner pour jouer avec les reflets de l’eau, éviter la surexposition ?

Oui et non, c’est une habitude à prendre. Le conseil que j’aurais à donner est de vraiment porter attention à la lumière, qui est très dure sur la plage. Le vent peut également nous déranger lors d’une séance. L’idéal est de shooter en fin d’après midi ce qui permet d’avoir une lumière un peu plus douce, ou de tout simplement demander au modèle de fermer les yeux et de les ouvrir lors du déclenchement si le soleil est au rendez-vous. C’est ce que je fais le plus souvent, j’aime beaucoup le rendu de cette lumière dure. Il m’arrive également qu’il y ait des nuages lors de la séance, ce qui est plutôt agréable pour avoir une lumière douce. C’est vrai que l’eau et le sable blanc ont une grande propriété réfléchissante, ce qui permet d’avoir une lumière plutôt homogène. Donc il n’y a pas forcément besoins de lumières additionnelles.

Comment gèrez-tu la lumière d’une scène, le placement son modèle par rapport à la source ?

C’est une des choses les plus compliquées à gérer, mais je dirais que cela se fait à l’instinct et à l’atmosphère que l’ont veut donner à son image. Le conseil que je pourrais donner est de commencer à shooter à l’ombre, puis ensuite essayer de nouveaux sets up en pleine lumière. Et une fois que vous maîtrisez les deux, vous avez des milliers de possibilités ! “Mixer” la lumière dure et douce, jouer avec les ombres à l’aide de branches, il faut juste se montrer créatif. L’important est de toujours sortir de sa zone de confort et surtout de pratiquer, je pense modestement que c’est avec la pratique que l’on progresse.

Il y a un côté un peu « retro » atemporel dans tes compositions, on a l’impression que tu construis une forme d’harmonie. Il y a une démarche volontaire chez toi de simplifier les sujets de la composition ?

C’est vrai que mes photos ont un style plutôt rétro, j’aime beaucoup ce rendu. Surement la nostalgie des photos argentiques qui donnaient des images “chaleureuses”. Ce n’est pas volontaire de ma part, du moins pas consciemment. Tout se fait de manière plus ou moins inconsciente, j’ai souvent des images en tête comme une sorte de puzzle. Nous pouvons dire que ce sont mes bases de travail et par la suite oui je suis obligé de les simplifier pour avoir une cohérence dans l’image.

Tu travailles finalement avec peu de contraintes, comment se passe généralement une séance prise de vue ?

J’agi de manière très spontanée, chaque jour je vois beaucoup d’images et je les mémorise pas mal mais je ne vais pas, comme certains photographes, démarrer mon shooting avec une photo en tête. Je marche beaucoup en extérieur, pour préparer mon shoot la veille et repérer les lieux.
Mon but est de capturer le moment présent et le retranscrire et donner une esthétique qui m’est propre. En termes de composition, je m’attache surtout au choix du modèle et aux tenues, le reste est plus naturel. Je photographie toujours en lumière naturelle. La photographie demande souvent des prises de risque. Je suis souvent amené à m’assoir ou m’allonger par terre pour avoir la photo que je veux. J’ai déjà pu me retrouver au bord d’une falaise de 20m, ou me faire arroser par une vague sur le bord de la plage.

Tu utilises un 35 mm et un 85 mm Tamron f/1,8. Pourquoi avoir fait le choix de ces objectifs ?

Je voulais me procurer des focales fixes pour des questions de bokeh et de luminosité, La sérié SP de Tamron en focales fixes constitue pour moi le parfait compromis entre qualité optique, encombrement et robustesse et malgré tout une belle et grande ouverture, par rapport à des zooms qui ouvrent à f/2,8 et sont volumineux. J’aime être en mouvement et travailler avec des sujets qui bougent, suivre le modèle, donc l’apport de la stabilisation est décisif. C’est pour moi une sécurité, je shoot très peu en dessous des 1/125s. Et je commence également à faire de la vidéo et celle-ci m’est très utile ! Sur le marché les autres solutions étaient soit trop couteuses soit n’avaient pas une approche aussi « tout-terrain »

Tropicalisation du SP 85 mm avec 7 joints d’étanchéité

A quel moment fais-tu le choix entre ces deux focales : 35 ou le 85 mm ?

J’utilise le 35 plus pour les plans d’ensemble et le 85 pour le portrait, mais j’utilisais moins spontanément le 85, je me suis forcé à l’utiliser davantage pour mon dernier shooting et je suis de plus en plus séduit par les rendus et les possibilités qu’offre cet objectif ! Il y a très peu de déformations, la qualité optique est exceptionnelle, de même que les différents traitements antireflets. J’aimerais aussi bien compléter ma panoplie avec un grand angle comme le 15-30mm pour pouvoir jouer sur la déformation des perspectives.

85mm ; f/2,8 ; 1/800 ; ISO 1250

Qu’est-ce qui te pousse dans ton processus créatif ?

L’envie de toujours faire mieux, lorsque je développe une série, il y a des photos que je trouve réussies, car elles ont leur propre couleur, avec un double sens, comme la photo du modèle avec le panneau « TOP », que je n’avais pas remarqué au début, cela me pousse à aller au devant du hasard et à continuer d’explorer différentes mises en scène.

Quels conseils pourrais-tu donner à quelqu’un qui souhaiterait se lancer comme toi dans le portrait?

Je lui conseillerais de ne pas se prendre trop au sérieux et essayer d’abord de créer une certaine complicité avec le modèle. Le relationnel est primordial dans la photo de portrait. Un rapport de confiance, doit être instauré de part et d’autre. Il faut également persévérer, et si les résultats ne vous plaisent pas, il faut travailler d’autant plus et se former. L’envie d’apprendre et la persévérance sont pour moi les clefs de la progression.

35 mm ; f/3,2 ; 1/1200 ; ISO 200

Sur ton compte Instagram, on a remarqué une série de portrait au N&B assez différente de ce que tu fais habituellement, tu peux nous en dire plus ?

Très bonne question ! J’ai eu l’idée de cette série en rentrant à la Réunion en Octobre/ Novembre 2016, lors d’un après-midi entre amis. Nous regardions le coucher de soleil tranquillement et un vieil homme nous a abordé. Nous l’avons accueilli à bras ouvert. Son visage m’inspirait énormément, ses traits étaient marqués par la vie. J’ai donc décidé de le photographier avec mon iPhone, car mon boitier était cassé. Et depuis je marche dans la rue à la recherche de personnes qui m’inspirent afin de les immortaliser. La plupart du temps ce sont des personnes sans repères et délaissées, on ne s’imagine pas comment une photo et une interaction humaine peut redonner le sourire ! C’est ce rapport humain que j’aime dans cette série.
Petite anecdote : un jour un homme (à moitié ivre) que je voulais photographier m’a demandé une rémunération astronomique pour que je le prenne en photo. Malgré de nombreuses tentatives de négociations de ma part, ce fut un échec. (Nous en avons beaucoup ri.)

"on ne s’imagine pas comment une photo et une interaction humaine peut redonner le sourire !"
Ensemble de photos prises au Tamron SP 35 mm (f/2,5 ; 1/500 – au milieu - f/4,5 ; 1/125 – à droite)

Les images de cet article ont été utilisées avec les autorisations signées du photographe, des modèles et/ou de leurs représentants légaux. Les autorisations sont réservées à la publication sur cet article et les supports Internet Tamron France. Les images ne peuvent être utilisées dans un autre cadre sans l’autorisation des personnes/représentants cités.

À propos de l’auteur : Matthias Grenier

Photographe purement autodidacte, Matthias Grenier est originaire de l’île de la Réunion, il est passionné d’art et principalement d’images. Il décide de se consacrer entièrement à la photographie dès la sortie du collège. Un choix parfois incompris mais qu’il assume pleinement. Pleins de rêves et d’ambitions, il essaie de s’affirmer avec son propre style. L’amour de la photo lui permet d’avancer, de surmonter les obstacles et de s’épanouir à travers les rencontres.

Un peu plus sur l’auteur :

Article similaire