« J’utilise le SP 15-30 mm pour 90% de mes clichés ! »

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Bonjour Frédéric, vos travaux sur les marins-pêcheurs vous ont déjà valu plusieurs récompenses et nominations. Pourtant, vous n’avez pas toujours été photographe ?

C’est vrai, j’ai longtemps occupé un poste de cadre dirigeant dans la grande distribution. J’ai commencé la photo en amateur quand j’avais une vingtaine d’années. Mais petit à petit, la passion s’est installée. Au point de décider, il y a six ans, de quitter mon job pour me consacrer entièrement à la photographie. Un choix mûrement réfléchi, car si c’est un métier passionnant, en vivre est difficile et demande d’énormes sacrifices.

Et cette attirance pour le milieu marin, d’où vient-elle ?

J’ai toujours été fasciné par le patrimoine humain, et plus précisément par le savoir-faire de l’homme au travers des métiers. Et comme j’habite Boulogne-sur-Mer, qui est le premier port de pêche français, je me suis naturellement intéressé à l’activité des marins-pêcheurs. J’ai commencé par les photographier sur le quai, lors des travaux de réparation des filets ou de l’entretien du bateau. Et puis je leur ai donné des clichés, ce qu’aucun photographe n’avait fait jusqu’alors. Par la suite, ils m’ont proposé de partir pour une marée de cinq jours avec eux. J’étais évidemment ravi, mais un peu inquiet aussi, car je souffre du mal de mer au moindre roulis, ce qui est fréquent quand le temps est agité ! Malgré tout, les marins-pêcheurs ont été séduits par la manière dont j’ai présenté leur travail au travers de mes clichés, ce qui m’a offert d’autres opportunités. Depuis cette première expérience, j’ai embarqué sur une trentaine de bateaux différents, que ce soit pour une marée ou le temps d’une campagne de plusieurs semaines jusqu’aux îles Féroé. Aujourd’hui, je n’ai aucune difficulté à trouver un bateau qui m’accepte à son bord.

Tamron SP 15-30 mm – 30 mm – 1/100s – f/4 – Iso 100

Depuis juin dernier, vous utilisez le nouveau Tamron SP 15-30 mm f/2,8, sur un reflex APS-C. Pourquoi un tel choix ?

Mes finances étant limitées, je préfère investir dans des optiques de qualité plutôt que dans un boîtier et le 15-30 mm est compatible avec les reflex APS-C. Cela donne un 24-48 mm et cette combinaison peut être un atout, notamment lorsqu’il s’agit de montrer à la fois l’homme et son environnement de travail. Mais je devrais bientôt passer au plein format. Et l’avantage, c’est que je pourrai continuer d’utiliser cet objectif pour d’autres usages.

Parlons-en justement. Qu’est-ce qui vous a séduit dans cette optique haut de gamme ?

Eh bien son piqué d’abord. Il est vraiment excellent dès la plus courte focale. Ensuite l’absence totale d’aberration chromatique, c’en est même surprenant. Et enfin, la déformation, vraiment très limitée en grand-angle. Franchement, j’aurais maintenant beaucoup de mal à m’en passer. J’utilise encore le Canon EF-S 10-22 mm, qui est conçu uniquement pour les boîtiers APS-C, mais seulement quand j’ai besoin de la plus courte focale possible, ce qui représente moins de 10% des situations. D’autant qu’il est nettement moins lumineux que le 15-30 mm.

Pour vous, l’ouverture constante à f/2,8 est donc un véritable atout ?

Tout à fait ! Il faut savoir que je ne photographie jamais au flash. Je travaille exclusivement en lumière naturelle. Et en intérieur, le seul éclairage est apporté par les lampes du bateau. Autant dire que parfois, c’est très sombre. Mais grâce à l’ouverture de f/2,8, je gagne beaucoup en luminosité. Cela m’évite de trop pousser la sensibilité, et donc de limiter la montée du bruit numérique.

Tamron SP 15-30 mm – 30 mm - 1/500s – f/3,5 – Iso 100

D’accord, mais un bateau, ça bouge… Comment parvenez-vous à conserver une bonne netteté, notamment des marins, lors des prises de vue nocturnes avec les lampes du pont comme seul éclairage ?

C’est tout d’abord une question d’habitude. Avec le temps, j’ai appris à me placer de manière à compenser les mouvements de navire, ce qui me permet d’augmenter le temps de pose. Mais je ne cherche pas la netteté à tout prix, au contraire. La plupart de mes clichés sont volontairement un peu flous, justement pour souligner le mouvement perpétuel du bateau. Pareil quand je photographie les hommes. Je recherche souvent ce léger flou de mouvement qui souligne le fait qu’ils ne sont jamais inactifs. C’est pour ça que je travaille en général à des vitesses assez lentes, entre 1/50 et 1/80. Et puis, l’objectif offre une excellente prise en main. Il est assez volumineux, mais le grip est vraiment bien conçu et surtout, les bagues de mise au point sont très douces. Tout ça permet aussi de limiter le risque de flou de bouger involontaire.

On entend souvent dire que la stabilisation optique sur un objectif à très courte focale n’a guère d’intérêt. C’est votre avis ?

Tout dépend. C’est sûr que pour le paysage ou la photo de rue, on peut s’en passer s’il y a suffisamment de lumière. Mais sur un navire, tout bouge, y compris le photographe. Et là, croyez-moi, on apprécie la stabilisation. En action de pêche, les marins répètent les mêmes gestes à de nombreuses reprises. Chacun occupe un poste précis dont il ne s’éloigne pas, compte tenu du peu d’espace disponible. Du coup, quand je souhaite saisir une action précise, par exemple l’eau qui coule devant le pêcheur à la remontée du filet, je vais me placer de manière à composer l’image comme je le souhaite, puis attendre le bon moment pour shooter. Là j’apprécie la vivacité de l’autofocus, qui me permet de verrouiller la mise au point en un clin d’œil. Mais malgré ça, il arrive souvent qu’une vague plus forte ou qu’un roulis plus prononcé me déséquilibre à ce moment précis. C’est là où la stabilisation optique vient à mon secours. Et quand la mer grossit, sa présence me procure un sentiment de sécurité, car elle augmente les chances de réussir le cliché.

Tamron SP 15-30 mm – 30 mm - 1/100s – f/4,5 – Iso 100

L’eau et l’électronique ne font pas bon ménage. Je suppose que vous devez apprécier le fait que l’objectif soit tropicalisé ?

Les embruns, le sel et les chocs thermiques mettent le matériel à rude épreuve. Je change mon appareil tous les 18 mois environ. Et il y a quelque temps, un de mes anciens zooms s’est carrément retrouvé avec de l’eau de mer à l’intérieur, alors qu’il était greffé sur le boîtier. Elle n’est jamais ressortie ! Mais ce sont les différences brutales de température qui sont les plus dommageables. Quand je passe plusieurs dizaines de minutes dans la chambre de surgélation du navire et que je remonte sur le pont, le choc thermique est tel que de la buée, voire des gouttes d’eau apparaissent sur la lentille, à l’intérieur de l’objectif ! Il faut alors attendre plusieurs heures avant de pouvoir l’utiliser à nouveau. Depuis que j’utilise le 15-30 mm, je n’ai plus aucun problème de ce genre, et c’est vraiment appréciable.

De quoi séduire aussi les photographes paysagistes habitués des sorties en montagne. À ce propos, vous avez été surpris par l’efficacité du revêtement fluoré qui recouvre la lentille frontale ?

Bluffé, même. J’ignorais que la lentille faisait l’objet d’un traitement particulier, mais à l’usage c’est spectaculaire. Jusqu’à présent, quand des embruns fouettaient l’objectif, je devais me mettre à l’abri et nettoyer la lentille une bonne trentaine de secondes avant de reprendre mes clichés. Maintenant, je passe juste un coup de chiffon antistatique dessus, et ça suffit !

Avant de conclure, accepteriez-vous de nous parler de vos projets futurs ?

Bien sûr. Je débute tout juste la réalisation d’une série de portraits de marins, en noir et blanc et toujours en appliquant ce traitement rugueux qui les met si bien en valeur. Par ailleurs, je compte poursuivre mes travaux sur les Entreprises du Patrimoine Vivant (Label EPV). Après avoir photographié les ateliers de dentelle, les fabricants de bougies et les fonderies, je recherche en effet activement de nouveaux métiers dans lesquels l’homme occupe une place centrale, grâce à son savoir-faire. Enfin, j’ai un ambitieux projet d’exposition consacrée aux travaux de la mer. Le thème précis de l’expo ? Je vous laisse la surprise…

Tamron SP 15-30 mm – 15 mm - 1/60s – f/3,5 – Iso 100

À propos de l’auteur : Frédéric Briois

Photographe auteur, Frédéric est un autodidacte qui a pratiqué la photo en amateur durant vingt-cinq ans avant de se professionnaliser pour se consacrer entièrement à sa passion. Amoureux de la mer, il n’hésite pas non plus à s’enfoncer dans les terres, à travers le monde, à la recherche de l’humain dont il s’efforce de présenter le travail. Mais c’est au contact des marins-pêcheurs de Boulogne-sur-Mer qu’il passe la plus grande partie de son temps. Il leur a consacré un livre : « Vague à larmes » et son travail lui a valu d’être sélectionné parmi les finalistes des Zooms du Salon de la Photo 2015, du Grand Prix Photographique 2015 et du prix international BBC British Museum Wild Life Photographer of the Year, en 2014.

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