« Vous êtes sur le terrain, vous observez et vous témoignez de la vie »

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À l’occasion du Salon de la Photo 2015, nous avons confié à la photographe Ève Saint-Ramon, le couple d’optiques Tamron SP 35 & 45 mm en lui proposant de rendre hommage à Robert Doisneau. Sylvie Hugues, consultante et rédactrice en chef de magazines photo a interviewé la photographe sur son travail et la manière dont elle a su traduire cet héritage avec un œil tourné vers le passé et l’autre vers l’avenir…

Ève tu es une photographe professionnelle, tu vis de ton métier depuis 15 ans, peux-tu te présenter ?

Je suis une photographe qui vend ses photos avant même d’avoir commencé les shootings. Plus simplement, je suis une photographe de commande. C’est à dire qu’un groupe, une société me propose des missions pour traiter de thèmes précis par le media spécifique qu’est la photographie. Un peu comme Doisneau qui a commencé sa carrière en répondant à des commandes photos pour du packshot en pharmacie et ensuite de la pub pour le fabricant d’automobiles Renault.
En revanche, j’ai créé une activité, Pinuporama qui me tient beaucoup à cœur, je propose à « Monsieur et Madame tout le monde » de poser dans l’univers Pinup. J’en ai même fait un livre qui s’est vendu à plus de 5 000 exemplaires et qui a eu un certain succès médiatique puisque j’ai fait l’objet de reportages diffusés à la télévision (France 2, M6, Le Petit Journal, France 5…). Il y 6 ans, j’ai cofondé cette marque avec ma partenaire maquilleuse.

Quel est le rapport entre les Pin Up & Doisneau ?

J’évolue aussi dans un milieu où des modèles, stylistes, designers, graphistes, directeurs artistiques, musiciens, artistes, danseurs explorent avec passion les codes de la mode retro des années 40 au années 60.
Avec ma partenaire maquilleuse/coiffeuse, nous proposons à « Mme Tout le monde » de se métamorphoser en femme glamour, en star de cinéma des années 50, en Pin Up.
Le stylisme, les maquillages et les coiffures ont une grande importance. Et j’utilise les nombreuses références de la photographie de cette époque dans le moindre détails : les poses, les couleurs, les mises en scène. Donc tout naturellement, le travail de Doisneau m’inspire particulièrement. Les hommes sont les bienvenues aussi, nous disposons d’accessoires et de vêtements spécifiques. Nous proposons au couple une balade amoureuse et retro. C’est l’occasion d’utiliser Paris et ses décors authentiques : les quais, les grands monuments, les ponts, les ruelles pavées, les bistrots etc… Paris devient alors pour moi le lien invisible qui me relie à Doisneau l’aîné que je respecte tant…

Tamron SP 45 mm + Nikon D800 E 1/250 sec ; f/1,8 ; 800 ISO

Oui et tu suis son exemple. Ce qui frappe dans tes images, notamment celles qui sont exposées ici sur le stand Tamron c’est que tu ne choisis pas forcément des mannequins, tu t’intéresses à tous types de personnes, jeunes, vieux…

Ces femmes, ou ces couples, que je photographie, ne sont ni comédiens, ni mannequins. Leur présence est fugitive. Pour moi la beauté pour être émouvante, doit être éphémère. De plus, je pense que chacun peut être beau dans le regard de l’autre. C’est une façon d’aimer la vie et de le faire partager au plus grand nombre.
Doisneau était curieux des autres et savait accepter leurs différences. Je me sens proche de cet état d’esprit. Comme lui j’aime non pas juger mais témoigner.
J’ai photographié quelques célébrités, des jeunes comédiennes comme Alice Pol, des comédiennes extraordinaires et populaires comme Valérie Karsenti, ce furent des moments très agréables car ce sont des professionnels qui savent travailler avec leur corps et jouent très bien la comédie. La prise de vue en est facilitée.
Lorsque vous travaillez avec des gens qui n’ont pas l’habitude d’un objectif, ou d’une caméra, vous devez de leur laisser leur territoire privé ; les laisser évoluer à leur guise et c’est à vous de les mettre en scène, de les mettre en place, avec discrétion. C’est très excitant, lorsque vous obtenez ce que voulez sans que votre sujet ne se sente trahi, ni volé.
Le Naturel est une autre de mes passions. D'ailleurs pour cette série exposée ici à la « manière de » je me suis inspirée de la façon dont Doisneau a fait poser sa nièce et son frère pour la photo intitulée "la petite Monique". Il faisait aussi souvent poser aussi ses filles Annette et Francine. Pour mes photos exposées sur le stand, j'ai photographié mes enfants, ce sont elles qui jouent à la marelle, la photo référence la petite Monique, sur laquelle j’ai fais poser toute ma famille… C’était en plus d’un jeu, l’occasion d’une belle balade.

Tamron SP 45 mm + Nikon D800 E 1/125 sec ; f/5,6 ; 400 ISO

Pourquoi réaliser une partie de ces photos à Paris au fait ?

Premièrement, c’est ma ville d’origine, j’y habite et y élève mes enfants. Ensuite, Paris est en soi un décor magique pour un photographe, elle possède un important patrimoine historique et sa beauté est éternelle… Paris nourrit notre imaginaire, vous tombez sur une rue pavée et immédiatement vous êtes dans un film de Jean Renoir ou dans une photo de Robert Doisneau. Le décor est planté.

Et concernant les photos qui ont été prise en dehors de Paris ?

Ma mission étant de mettre mes pas dans ceux de Robert Doisneau, je suis partie dans différents endroits en France, notamment sur une plage du sud- Ouest pour faire cette photo du parasol à quatre jambes. Doisneau n'a pas fait que des photos à Paris ou en banlieue, son travail est plus hétéroclite, multiple, qu'on ne le pense...

Tamron SP 35 mm + Nikon D800 E 1/500 sec ; f/11 ; 200 ISO

Est-ce que ce n'est pas un peu dépassé de faire du Doisneau aujourd'hui ?

Son génie est intemporel donc je ne crois pas que ce soit dépassé ou ringard de faire des photos drôles et naturelles dans la rue. Le noir et blanc a toujours la côte même chez les jeunes et la photo de rue est de plus en plus pratiquée.
Voyez toutes les communautés qui se sont créées autour de cette pratique. Sur tous les réseaux sociaux aujourd’hui, les gens postent leur image du quotidien, de leur rue… ou de leur voisinage. Sans vouloir me comparer à R. Doisneau, Je recherche plus à faire des photos intemporelles, même si elles sont marquées par les vêtements, les voitures de notre époque...
Et j'aime bien la phrase de Cocteau, "la beauté échappe aux modes passagères".

Prenons quelques images réalisées avec les focales fixes Tamron, racontes-nous comment tu les as réalisées ? Par exemple celle du couple sous le parapluie réalisée au 45 mm

D’abord je dois que je suis plus à l’aise avec les focales fixes. Un 35 mm ou un 45 mm cadrent ta scène. Tu dois composer, tourner autour de tes modèles, penser à intégrer tels lampadaires, tel trottoir, tel monument. Tu dois trouver le bon point de vue. Ce sont des optiques assez petites en plus, donc, cela me permet de rester assez discrète surtout lorsque je travaille dans la rue. Concernant la photo du parapluie, elle est un peu magique, j’ai donné rendez-vous à ce couple la veille pour lendemain, il pleuvait et l’accessoire du parapluie est donc un peu un hasard. Parfois les circonstances nous poussent à faire des images qui sortent de l’ordinaire. C’était le cas ce jour précis. Je tiens d’ailleurs à signaler, que comme pouvait le faire Doisneau, il s’agit d’un vrai couple que j’ai mis en scène. Le Tamron 45 mm a joué pleinement son rôle. Je suis assez fière de cette image qui traduit la spontanéité du moment et son caractère unique.

Tamron SP 45 mm + Nikon D800 E 1/250 sec ; f/5 ; 200 ISO

Tu travailles avec un Nikon D800 E c’est un appareil qui possède un capteur plein format très exigeant en matière d’optiques, qu'as-tu pensé des résultats avec les focales fixes Tamron ?

Oui c'est un capteur de 36 millions de pixels donc il faut l'équiper d'objectifs qui tiennent la route. J’ai trouvé les deux focales fixes Tamron, le 35 mm et le 45 mm f/1,8 vraiment très bonnes. Les images que j'ai réalisées avec sont très piquées comme on peut le voir dans la galerie sur ce stand. J'ai pu réaliser sans problème des tirages de taille 50x60 cm et pourtant quand j'ai pris les photos à Paris, le temps était plutôt maussade.

Oui on le voit sur la photo du couple sous le parapluie…d'où l'avantage d'avoir un objectif équipé de joints d'étanchéité...

Ah oui ça c'est génial, ce n'était pas une grosse averse mais quand même, je n'ai pas eu à me soucier de la pluie. J'ai pu rester concentrée sur la position de mes modèles et sur mon cadrage. En tant que professionnelle, je considère que c’est au fabricant de faire le nécessaire pour que je me sente à l’aise quelque soit les conditions de prise de vue.

Dans la galerie, il y a deux photos - celle du ticket de métro et celle du cadenas - où tu te trouves très près du sujet...

Oui c'est un des avantages de ces deux focales fixes, elles permettent des prises de vue très rapprochées, 20 cm pour le 35 mm et 29 cm pour le 45 mm ce qui m’a ouvert des nouveaux champs créatifs. Ce n'est pas trop mon truc de réaliser des photos très proches du sujet mais finalement cela m’a passionné. Avec ce type d’optique on peut obtenir de beaux flous d’arrière plan tout en étant très proche du sujet.

"c'est un des avantages de ces deux focales fixes, elles permettent des prises de vue très rapprochées"
Tamron SP 35 mm + Nikon D800 E 1/25 sec ; f/11 ; 100 ISO

D’ailleurs on voit que la photo du ticket de métro a été prise à 1,6 sec c’était une manière de tester de stabilisateur d’image ?

Oui, en fait c’est ma main que je prends en photo et j’ai utilisé une vitesse lente pour avoir le maximum de lumière sur l’image, ticket, et arrière plan, et j’ai fermé à F/13 pour avoir de la netteté partout sur l’image. Le résultat est parfait, surtout que j’ai du tenir le couple boitier-objectif qu’a une seule main, pour cette prise de vue très particulière.

Tamron SP 45 mm + Nikon D800 E 1,6 sec ; f/13 ; 100 ISO

Finalement que retires-tu de ce projet en tant que photographe ?

Peut être le plaisir pris à se mettre dans la peau d'un grand photographe, de se sentir proche de sa démarche de son état d'esprit, de faire évoluer son regard, par l'utilisation de telles focales, mais aussi par le fait de s'attaquer à un sujet aussi vaste... et par dessus tout, grâce à cette inspiration avoir pu resté fidèle à mes techniques pour traduire des points de vue qui mettent à jour ma personnalité.

Grâce au 35 mm, je me suis sentie dans la peau d’un photographe reporter. C’est la branche de notre métier qui me fascine le plus. Vous êtes sur le terrain, vous observez et vous témoignez de la vie autour de vous. La focale du 35 mm m’a permis de regarder et de shooter des scènes avec beaucoup d’éléments.

Aussi, comme j’aime le portrait en photo, le 45 mm m’a permis de me rapprocher des personnages tout en les incrustant dans un décor. Par exemple avec le portrait des amoureux, on reconnait Paris en fond.

À propos de l’auteur : Ève Saint-Ramon

Ève Saint-Ramon exerce le métier de photographe depuis plus de 15 ans. D’abord assistante de Peter Lindbergh, elle a ensuite travaillé pour de grandes marques comme Yves Rocher ou Sony Music. Pinuporama est le projet photographique qui a fait son succès avec notamment un ouvrage vendu a plus de 5000 exemplaires. Ses sources d'inspirations sont le cinéma, la bande dessinée, les personnalités fortes, les looks et l'univers des pin-up années 50. C'est dans ce dernier domaine qu'elle est devenue incontournable, sachant à merveille magnifier les femmes qui posent devant son objectif avec cette petite pointe d'humour et de décalage qui la caractérise.

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